Seize ans pour l’éternité – « Camille, mon envolée » – Sophie Daull

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de « Camille, mon envolée » de Sophie Daull, un livre qui m’a émue aux larmes.

51FeIajaumL._SX307_BO1,204,203,200_
Camille, mon envolée, de Sophie Daull, éd. Le livre de poche

Résumé  : 

Quatrième de couverture  : Camille, 16 ans, a été emportée en quatre jours par une fièvre foudroyante. Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille, Sophie Daull a commencé à écrire. Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent. Écrire pour rester debout, vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.

Loin de l’épanchement d’une mère endeuillée, Camille, mon envolée est le récit d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie.

  Avis  : 

Tout commence le 19 décembre 2013 quand après s’être rendue à une représentation de théâtre en compagnie de sa mère et d’amies de cette dernière, Camille se plaint de quelques maux de tête et présente une fièvre modérée de 38 degrés. Rien de bien méchant a priori, rien qui ne parviendrait à assombrir cette veille de réveillon de Noël.Sauf que lendemain matin, l’état de Camille s’est détérioré, la fièvre perdure, tenace et d’impressionnantes courbatures sont apparues, l’obligeant à rester alitée. Après avoir prévenu le lycée dans lequel Camille est scolarisée qu’elle ne reviendrait qu’à la rentrée, après les vacances de Noël, sa maman, Sophie, appelle le médecin qui au vu des symptômes ne juge pas nécessaire qu’elles se déplacent à son cabinet. En cette période endémique, le diagnostic lui paraît on ne peut plus clair, il s’agit d’une «  simple grippe  » qui ne nécessite comme seul médication que la prise de doliprane pour abaisser la fièvre et soulager les douleurs. Seulement voilà, l’état de Camille ne va cesser de se détériorer, la fièvre va croître inlassablement, les douleurs vont s’intensifier jusqu’à devenir insupportables. Le SAMU, les urgences, personne ne semble s’émouvoir de ce qui arrive à cette jeune fille et sa mère de plus en plus inquiète face à l’état de santé de Camille qui semble de plus en précaire, se met à craindre le pire, se pourrait-il qu’il s’agisse de quelque chose de grave, quelque chose qui pourrait mettre la vie de sa fille en danger ? Nous sommes le 23 décembre, après quatre jours d’une intense fièvre qui ne semble pas vouloir lâcher prise, Sophie Daull, désemparée et au comble de l’inquiétude passe des dizaines de coups de fil au service des urgences, à SOS médecin dans l’espoir que l’on daigne enfin soigner sa fille. Il est déjà trop tard pour Camille qui décédera au cours de son transport à l’hôpital.

Quatre jours auront suffit à faire basculer la vie de la jeune Camille, seize ans, de sa famille et de tout son entourage. Quatre jours d’une incroyable et foudroyante fièvre qui aura eu raison de sa vigueur, elle qui était dans la force de l’âge, de son avenir en devenir…

« Camille, mon envolée » est une véritable claque, un livre dont on ne ressort pas indemne et qui laisse une trace indélébile.

Dans ce récit qui se veut être tant un hommage qu’un exutoire, une bouée de sauvetage pour ne pas sombrer, Sophie Daull raconte à sa si jeune Camille qui n’est plus, les quatre jours qui ont précédé sa disparation, ces quatre jours de tourment mais aussi l’après Camille, cet après dont elle ne fera plus physiquement partie mais dont elle fera à jamais partie dans le cœur des siens.

Via une alternance de « chapitres » entre l’avant et l’après, Sophie Daull avec des mots magnifiquement bien choisis, des mots d’une rare force, poétiques parfois, raconte à sa fille cette terrible épreuve à laquelle aucun parent n’est préparé et qu’aucun parent ne devrait avoir à endurer. Le texte sera parfois ponctué de touches d’humour comme un pied de nez à l’indicible.

Sophie Daull nous livre toutes ses pensées les plus intimes, les bonnes mais aussi les mauvaises comme elle les qualifie elle-même, les plus inavouables et pourtant les plus humaines et naturelles. Comme ce passage dans lequel elle évoque la vison qu’elle a eue de sa tablette de salle de bains vidée de tous les effets personnels de sa fille alors même qu’elle était encore en vie. Cette vision quasi prophétique qu’elle a eue à ce moment-là comme si elle entrevoyait la possibilité de perdre l’être qu’elle chérissait le plus au monde.

« Je regardais la tablette du lavabo où s’entassaient ton dentifrice pas refermé, tes pots de crème sans couvercle, tes bracelets rouillés, et je me souviens d’avoir eu la vision de cette tablette vide, nettoyée de tes affaires. Pour la chasser, je t’ai lancé depuis la salle de bains:  » Eh ben, bravo, tu t’es encore bien démerdée pour t’épargner les corvées ».

A aucun moment, Sophie Daull ne blâme le personnel médical, elle ne vouera jamais aucune haine envers ceux qui auraient peut-être pu sauver sa fille, car non Camille n’est pas morte d’une simple grippe, si tant est que l’on puisse parler de simple grippe, rien n’est jamais anodin.

Alors que les pages défilaient, me plongeant un peu plus dans l’horreur d’une fin que je savais tragique, une colère a surgi contre notre système de santé parfois défaillant, contre certains médecins qui sous couvert de directives ministérielles en viennent à minimiser, à agir sans discernement aucun pour ne pas risquer d’être réprimandés, à ne plus soigner parfois parce que tout est devenu viral, ils ont bon dos ces virus ! Ce propos ne rendra bien sûr pas Camille à sa mère mais ce livre appelle à un questionnement sur la prise en charge des maladies même celles qui semblent bénignes.

Je me suis dit, pourquoi cette si jeune demoiselle en a-t-elle fait les frais, quelle tristesse  !

Je ne vous cacherai pas que mon cœur de maman a saigné lors de cette éprouvante lecture et que j’ai dû réfréner mes larmes à plusieurs reprises tant ce livre m’a bouleversée de par sa pudeur.

« Je supporte mal l’idée de te survivre un temps long comme l’oubli de ta mort.

Je supporte mal l’idée de vivre encore au moins un temps long comme ta vie, seize ans. Et pourtant mon espérance de vie statistique m’y condamne à coup sûr. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s