Quand l’art rime avec folie – « L’art jusqu’à la folie » d’Alain Vircondelet

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’une lecture qui diffère quelque peu des lectures dont j’ai l’habitude de vous parler « L’art jusqu’à la folie » d’Alain Vircondelet. Je tiens à remercier les éditions du Rocher qui m’ont gentiment fait parvenir ce livre dont j’ai apprécié la lecture.

Je vous laisse lire le résumé avant de vous donner mon avis à son sujet.

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L’art jusqu’à la folie, d’Alain Vircondelet, éd. du Rocher

Résumé  : 

Quatrième de couverture  : Camille Claudel, Séraphine de Senlis, Aloïse Corbaz : trois femmes, trois immenses artistes que la puissance de leur génie a conduites à la folie et à la solitude des asiles.

Ces trois personnalités, aux destins parallèles, revivent ici grâce à des témoignages nouveaux et inédits, ainsi qu’à des archives et des correspondances.

Vies délirantes au sens propre du terme, vies peuplées de mondes connus d’elles seules, vies de souffrances aussi, prix à payer de leur quête d’absolu. Vies minuscules devenues majuscules, inséparables de l’histoire de l’art du XXe siècle.

Avis  : 

A travers ce livre, Alain Vircondelet nous immerge dans la vie de trois artistes, trois femmes, Camille Claudel, Séraphine de Senlis   et Aloïse Corbaz. Ces trois artistes ont en commun plus que leur talent artistique, la folie, une folie qui les conduira toutes trois au fin fond d’un asile à une époque où les personnes internées étaient traitées de piètre manière et étaient totalement laissées à l’abandon.

L’enjeu de ce livre était pour l’auteur de nous montrer de quelle manière leur folie résultait de leur talent ou tout du moins qu’il avait pu contribuer ou exacerber leur propension à la folie.

Ce livre m’a permis par exemple d’en savoir davantage plus sur les circonstances de la rencontre entre Camille Claudel avec Rodin, la nature de la relation qu’ils entretenaient. En Camille, Rodin trouvera sa muse mais bien plus encore puisqu’il verra très vite en elle une artiste à la hauteur de son propre talent. De cette proximité artistique naîtra une sorte de compétition, une compétition qui semblera dans un premier temps salvatrice pour Camille éloignant d’elle ses penchants paranoïaques au profit de l’exacerbation de son talent puis qui se révélera ultérieurement destructrice.

Camille Claudel sombre dans la folie et sera internée à la demande de sa famille mais surtout de sa mère à l’asile de Ville-Evrard. Elle sera transférée dans un hôpital psychiatrique situé dans le Vaucluse dans lequel elle mourra après trente ans de vie asilaire.

J’ai aussi eu le plaisir de découvrir à travers ce livre Séraphine de Senlis, de son vrai nom, Séraphine Louis. Issue d’une famille très modeste, elle se retrouve orpheline à l’âge de sept ans et de fait livrée à elle-même alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Elle trouvera refuge dans la religion intégrant un couvent entre 1881 à 1901 en tant que domestique. C’est durant cette période que son talent se serait révélé, ses œuvres s’en ressentiront puisqu’on y verra clairement son attachement à tout ce qui a trait à la spiritualité.

Alors qu’elle est employée comme femme de ménage dans des familles de la bourgeoisie senlisienne, elle fait la rencontre d’un collectionneur et critique d’art allemand du nom de Wilhem Uhde. Ce dernier prend rapidement conscience de l’étendue de son talent et lui permet de réaliser des toiles gigantesques allant jusqu’à deux mètres de hauteur.

La guerre séparera Uhde et Séraphine qui se mettra à peindre à un rythme effréné sombrant petit à petit dans la folie, laquelle la mènera elle aussi dans un hôpital psychiatrique dans lequel elle décèdera après dix années d’internement.

L’auteur évoque enfin la vie asilaire d’Aloïse Corbaz, artiste suisse née en 1886, figure de l’art brut. Tombée amoureuse d’un prêtre défroqué Aloïse est contrainte par sa sœur aînée de partir en Allemagne afin de préserver la réputation de la famille. Elle officiera en tant que gouvernante à Potsdam, à la cour de Guillaume II. Elle tombera éperdument amoureuse de l’empereur et se construira une histoire d’amour imaginaire. La guerre la contraint à renter en Suisse. Dès son retour, elle commence à montrer certains symptômes de schizophrénie mais son état ne semble par trop inquiéter, ce n’est qu’en 1918 qu’elle sera internée. Elle se mettra à dessiner sur des supports de fortune, ses dessins seront fait d’assemblage. Le dessin sera pour elle un moyen de dissiper ses tourments et d’adoucir ses psychoses. Aloïse Corbaz décèdera après quarante-six années d’internement.

Si je me suis passionnée pour le destin hors du commun de ces trois artistes féminines au génie aussi puissant que la folie à laquelle il les a conduites, j’ai néanmoins quelque peu regretté que n’aient pas été insérées plus d’oeuvres au fil des pages. Même si ce livre n’avait pas pour vocation d’exposer les œuvres des trois artistes, cela aurait permis à mon avis de prendre davantage conscience de l’ampleur de la folie de ces trois femmes, dégringolade dans la folie que l’on aurait pu percevoir et mesurer à travers l’évolution de leurs œuvres respectives.

Je salue au passage le talent de conteur d’Alain Vircondelet dont la plume et la richesse de vocabulaire ont accru mon immersion dans ce livre dont on ressort enrichi.

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